Rénover pour perdurer | Rencontre avec Gilles CHABENES, ACS - Architectures Chabenès & Scott

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Publié le

27/11/2020
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Témoignages

L’agence ACS - Architectures Chabenès & Scott se donne pour objectif d’ouvrir le plus largement possible l’éventail des possibilités de conception et d’activités pour l’agence. Notre point fort est, je pense, la bonne adaptabilité aux demandes de nos clients et aux évolutions du marché. Nous nous sommes investis dans la rénovation, l’économie circulaire et sommes reconnus comme des architectes qui savent mener à bien les projets et les réalisations.
Gilles CHABENES, Gérant de la SARL ACS, Architecte DPLG

Bonjour, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire, doublée d’un début de crise économique, sans oublier la crise climatique qui s’accentue ?

Pour l’instant, pour notre agence, cela va relativement bien. Tous les chantiers ont repris. Nous fonctionnons en présentiel pendant cette période de second confinement, car tout le monde a envie de travailler en proximité, tout en maintenant les mesures barrières indispensables préconisées par le gouvernement.

Nous avons toujours l’espoir de conquérir de nouveaux marchés, nous faisons plus d’offres qu’auparavant, c’est un travail de fond important et consommateur de temps et d’énergie qui se substitue peu à peu aux candidatures relatives aux consultations pour accéder aux concours de maîtrise d’œuvre. On sait qu’il y aura des incidences de cette crise sur l’économie du bâtiment, alors, on se motive pour tenir la marée !

Pouvez-vous vous présenter, vos 3 points forts personnels et professionnels ?

J’ai 61 ans, je suis architecte associé et gérant de la SARL ACS, Architectures Chabenès & Scott, depuis le départ en retraite de Jean-Marie LEPINAY avec qui je travaillais depuis 1984.

L’intérêt que je porte à la profession est une de mes principales motivations, avec une implication personnelle forte au GEP'atlantique, à l’UNSFA et à l’Ordre des architectes et précédemment au sein de l’Ecole Nationale d’Architecture de Nantes durant 25 années. C’est ce qui me permet d’être en relation avec le réseau des architectes hors de l’agence.

Le 2e point fort est la persévérance. Il faut « beaucoup donner pour peu recevoir » dans ce métier ! Il faut être présent, actif et persévérant pour assurer une position de leadership au sein d’une agence.

Enfin, emmener une équipe qui rassemble 3 générations, c’est un relais que je suis en train de construire. Je pense être resté assez ouvert d’esprit pour faire cette transmission et permettre à l’agence de perdurer car c’est un très bel outil professionnel qu’il est important de préserver et qui doit rester ouvert aux nouvelles générations. La caravane des architectes passe, l’agence reste la maison des concepteurs d’aujourd’hui et de demain.

Pouvez-vous nous raconter comment avez-vous intégré ACS - Architectures Chabenès & Scott ?

J’ai commencé mes études à l’ENSAN en1982, après quelques expériences dans différentes agences, j’ai travaillé très vite auprès de Jean-Marie LEPINAY, Architecte DPLG et architecte du Patrimoine à Nantes, au départ considéré comme « grouillot » d’agence.

J’ai dû apprendre le métier, en y consacrant beaucoup de temps, longtemps et avec patience, pour être objectif et compétent, pour avancer comme il faut, avec une certaine efficience en prenant soin de ne pas commettre de bévues.

Cela amène à réfléchir avec prudence et beaucoup d’anticipation. Je fonctionne aujourd’hui comme si je m’imposais des objectifs de résultat. C’est essentiel d’exécuter un travail consciencieux pour retenir l’attention d’une maîtrise d’ouvrage. Si on commet une erreur sur un projet en cours d’études ou en phase opérationnelle de chantier, il faut le dire à son maître d’ouvrage, dans un esprit de coopération et de franchise. En s’expliquant de manière claire, on trouve toujours des solutions ensemble aux problèmes qui apparaissent au fil du temps.

En 1995, dans la crise, l’agence allait très mal, nous sommes restés tous les deux avec Jean-Marie LEPINAY pour affronter la dureté d’une situation économique et sociale difficile. Je suis resté travaillé gratuitement pendant 6 mois à ses côtés. Et donc, tout naturellement, à la sortie du tunnel, il m’a proposé l’association. Jean-Marie LEPINAY est parti il y a 5 ans, j’ai pris sa suite comme gérant, en relation avec un architecte d’origine Britannique, Angus Scott, qui nous avait précédemment rejoint en qualité d’associé de la SARL d’architecture fondée quelques années auparavant.

Réhabilitation des façades et restructuration énergétique de l'URSSAF NANTES (44) en 2015
ACS - Architectures Chabenès & Scott
 

Pouvez-vous présenter ACS - Architectures Chabenès & Scott ?

L’agence rassemble aujourd’hui 12 personnes. Elle est composée à ce jour de 2 architectes associés, 2 architectes cadres DPLG inscrit au Conseil Régional de l’Ordre des Architectes des Pays de la Loire, de six diplômés architectes A.D.E. et deux personnes non-architectes qui assurent l’assistance technique, le suivi comptable de l’agence, le suivi administratif et financier des entreprises, ainsi que la recherche des offres et la constitution constante de nos candidatures.

Quel est votre rôle, votre contribution au sein de ACS - Architectures Chabenès & Scott ?

Je suis superviseur de plusieurs projets et je passe d’un projet à l’autre pour conseiller les architectes de l’agence en cours d’études ou suivi des chantiers.

Je suis bien entendu la constitution des contrats de maîtrise d’œuvre, les propositions d’honoraires dans le cadre des consultations et offres. Je m’investis beaucoup à la rédaction des notes méthodologiques et techniques constitutives des offres que nous réalisons en marchés publics. Je surveille aussi avec attention la trésorerie de l’agence de manière ponctuelle pour faire un point économique chaque mois.

Compte tenu de mon expérience à ce jour, j’ai un rôle permettant d’apporter tous les conseils possibles dans un esprit d’horizontalité pour que chacun puisse recueillir l’information, diriger ses propres études et travailler en confiance et avec plaisir. Mon rôle aujourd’hui c’est « de donner, après avoir reçu ». C’est une forme de pédagogie professionnelle.

A présent, je m’occupe essentiellement de la démarche commerciale, c’est un rôle intéressant, un peu nouveau pour moi et qui définit principalement ma place au sein de l’agence.

Quelle est la ou les cible(s) de votre structure ? Qu’ont-ils en commun ?

Dans les marchés publics, nous faisons des études de diagnostics architectural et technique ainsi que patrimonial, des études de faisabilité et développons des scénarii selon les demandes exprimées par nos maîtrises d’ouvrage.

Restructuration de l'école Audencia NANTES (44)
ACS - Architectures Chabenès & Scott
 

Nous avons développé depuis quelques années une véritable expertise dans le domaine de la rénovation énergétique, ce qui n’est pas commun dans une agence d’architecture. Je pense à la réhabilitation des façades et à la restructuration énergétique de l'URSSAF NANTES (44) en 2015, mais aussi au projet d’extension d’AUDENCIA en site occupé, il y a quelques années déjà.

Notre mode d’exercice est essentiellement orienté vers les marchés publics. Notre objectif est de proposer des conceptions architecturales emprunt des exigences dans le domaine environnemental pour la réalisation de bâtiments bien construits et sains.

Nous avons aussi travaillé sur des sujets plus exigeants et pointus dans le domaine de l’économie circulaire. En particulier sur un projet de groupe scolaire qui devait être réalisé sur la commune de Sainte-Hélène dans le Morbihan. Ce projet a été abandonné à la suite des changements électoraux récents. Nous avons beaucoup dépensé de temps et d’énergie à ce projet, avec Yannick Merceron dans mon équipe.

La volonté était de marquer son temps avec une école accueillante et saine. Nous souhaitions marquer l’architecture dans le monde rural avec ce projet ambitieux qui était porté par des élus très motivés, les dernières élections municipales ont eu raison de ce projet novateur.

Je suis réellement très déçu car l’idée du C2C, de l’emploi de matériaux bio-sourcés, le recyclage, voir l’upcyclage des matériaux ont été étudiés avec soin, en connectant le tout aux questions de santé.

Nous possédons aussi de nombreuses références dans le domaine de l’enseignement mais aussi dans le domaine de la santé avec des projets très pointus du point de vue technique.

Je n’oublie pas les domaines des bâtiments tertiaires, culturels, les espaces sportifs, de récents projets dans le domaine commercial, le patrimoine, l’aménagement intérieur, etc.

Comme vous le voyez, nous avons tenté d’ouvrir le plus largement possible l’éventail des projets différents à travers notre mode d’exercice.

Qu’est-ce qui vous différencie de vos concurrents ? Quel est le point fort de votre structure ?

Ce que je peux dire et compte tenu de nos expériences diverses, c’est qu’on passe facilement d’un sujet à l’autre. Nous avons une belle expérience désormais sur la rénovation, réhabilitation ou restructuration lourde en site occupé. Nous travaillons sur plus de projet dans ces domaines actuellement que pour la conception de bâtiments neufs, ce qui nous manque un peu ces dernières années. C’est une façon de s’adapter au marché.

Si l’on veut vraiment chercher notre différence, ce serait que nous avons une bonne adaptabilité au marché.

Ecole des Beaux-Arts NANTES (44)
Franklin AZZI Architecture -  ACS Architectures Chabenès & Scott
 

Enfin, on fait souvent appel à nous comme architecte d’opération.

Nous collaborons aussi avec des architectes connus, c’était le cas récemment avec la création de la nouvelle Ecole Supérieure Nationale des Beaux-Arts de Nantes Métropole où nous étions aux côtés de l’architecte Franklin AZZI avec Laurent Durassier de l’agence ACS qui a fait un travail extraordinaire. Nous avons géré le chantier du début à la fin. Cela a été une épreuve avec certaines entreprises. Mais nous nous sommes investis avec beaucoup d’implication pour réussir ce chantier.

Dans un autre genre, nous avons travaillé sur un parc urbain à Niort, le projet de Port-Boinot. Nous avons traité la fin d’étude, la maquette numérique et le chantier, en bonne intelligence avec Phytolab et Franklin AZZI. C’était un travail avec de forts liens développés entre architectes et paysagiste-urbaniste, et nous avons travaillé de concert pour en assurer la concrétisation.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

Nous travaillons tous nos projets, et ceci depuis plusieurs années, en maquette numérique à partir de l’outil du logiciel Revit, et nous nous formons au BIM management. Le BIM est entré dans les mœurs au sein de l’agence. Nous réalisons désormais tous nos projets, que ce soit pour des projets en neuf ou en réhabilitation, à partir de l’élaboration des maquettes 3D.

Sur certains projets, je pense en ce moment même à un projet qui intègre une façade végétalisée, nous allons travailler le sujet en profondeur, expérimenter, faire des recherches, pour répondre au plus juste aux exigences de la maîtrise d’ouvrage. Nous essayons d’allier l’esthétique et la maîtrise technique pour concrétiser au mieux la proposition de projet et dans un souci permanent de la maîtrise des coûts. Le projet se fait toujours avec la volonté de trouver des solutions simples mais pertinentes.

Port-Boinot. Franklin AZZI  - Phytolab - ACS Architectures Chabenès & Scott
 

Votre structure intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

C’est difficile de se positionner sur ces questions. Nous avons de notre côté toujours privilégié la question du confort et des usages. Nous nous conformons aux exigences réglementaires.

La mise en place de la stratégie bas carbone est quelque chose de positif car cela va aussi dans le sens de la prise en compte de la santé. J’alerte toutefois sur l’empilement des règlementations qui sont difficiles à mettre en œuvre, il faut savoir stabiliser les réglementations. La superposition constante devient extrêmement complexe et très coûteuse financièrement.

Il faut avancer dans le sens de l’histoire, mais avec mesure, en faisant attention à l’engorgement, car, à la fin, on ne saura plus faire les bâtiments.

Quelle vision portez-vous sur l’avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? les tendances émergentes qui vont se généraliser, les « mauvaises habitudes » qui vont cesser ?

Je pense que l’on va faire des choix structurels différents avec par exemple l’utilisation du matériau bois en grande hauteur, la paille, la terre, cela s’imposera doucement avec le temps tout en modifiant les règles de la construction, et en fonction des différents retours d’expériences dans le domaine technique et architectural.

Prenons en considération ce qui se réalise dans le « bien construire » en regardant aussi chez nos voisins européens qui sont parfois très en avance sur les sujets constructifs et environnementaux. Il nous faudra sans cesse améliorer la qualité dans notre art de bâtir et d’aménager le territoire que nous occupons.

Si on veut éviter des situations explosives, il faut regarder ce qui permet aux gens de se sentir bien, je pense entre autres à la création des jardins collectifs au sein des cités, il faut recréer les conditions de l’apaisement social, l’esprit de la collectivité, du vivre ensemble.

Je crois beaucoup plus aux améliorations graduelles qu’aux ruptures.

Je pense qu’on améliore vraiment les choses quand on le fait petit à petit. La révolution de nos modes de pensée en termes de gestion de l’architecture, de l’urbanisme et de la consommation viendra sans doute par les réflexions menées par nos concitoyens qui œuvrent collectivement chaque jour vécu au sein des petits territoires.

Equipements scolaires et périscolaires - Commune de SAINTE-HELENE (56)
ACS Architectures Chabenès & Scott
 

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d’attache ? est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? ce qu’il vous apporte ? ce que vous lui apportez ?

J’ai une relation d’intérêt avec Nantes qui est mon territoire premier. Étant amené à me déplacer, je constate qu’il y a des choses intéressantes partout.  Mais je dois bien le dire, la ville de Nantes a évolué en bien, il y a un soin qui a été apporté, il y a des liaisons douces, la ville s’est embellie. Il y a eu un bel effort de la part des politiques pour notamment mettre de la porosité entre les quartiers.  Il faut garder ces mélanges. C’est une ville qui a su réagir au bon moment. C’est de la couture, la ville ! Nantes est devenue une métropole régionale dans laquelle les gens se sentent à l’aise.

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puisez votre énergie quand vous en avez besoin (familier, ami, musicien, artiste, romancier, ville, lieu secret, etc.) ?

Je lis tous les soirs. Je ne supporte pas l’information déformée et assénée qu’on nous présente depuis un certain temps déjà. Je lis beaucoup de romans d’auteurs classiques de la littérature française que je découvre au fil du temps. En ce moment, je lis aussi de nombreux ouvrages de science-fiction. J’aime me projeter dans un espace-temps hors de nos problématiques quotidiennes. La lecture reste un élément qui me porte et cela me permet d’améliorer mon vocabulaire mais aussi l’orthographe !

Je peux évoquer aussi la marche en ville. J’aime aller découvrir des villes en marchant, comme à Rome, Lisbonne ou Barcelone. Je suis motivé par l’art, plutôt l’art dit moderne. Les œuvres présentées sont parfois surprenantes voire repoussantes, mais elles nous font penser, imaginer. Je suis sensible aux belles choses, je souhaite garder ce plaisir pour toutes les années à venir et si je ne suis pas séduit, je passe ma route.

Pouvez-vous évoquer pour nous votre plus bel accomplissement professionnel ?

Pour moi l’accomplissement professionnel, c’est toute cette démarche entamée depuis la petite école des Beaux-arts municipale fréquentée à Lorient dans les années 70, après l’abandon de mes études en début de la seconde. C’est aussi d’avoir réussi à se construire seul pendant des années mais aussi d’avoir réussi réussir à ouvrir mon esprit à la connaissance et aux personnes qui m’ont redonné confiance en moi et cru dans ma démarche !

Je suis fier aujourd’hui du chemin parcouru et fier de diriger et travailler au sein d’une agence composée d’une équipe passionnée, dans une grande et belle ville comme Nantes. C’est ce parcours crescendo qui est en soi une satisfaction.

La satisfaction, c’est aussi de faire des projets avec des gens, cela me remplit la vie. Ce qui est beau c'est de concevoir et de suivre la réalisation d’un projet. La plus belle des récompenses c’est d’entendre « on se sent bien dans ce que vous nous avez conçu ».

Et le pas-de-côté que vous n’avez pas encore fait, et que vous aimeriez faire ?

Mon pas-de-côté, ce serait de vivre une expérience auprès des architectes investis dans l’humanitaire tels les architectes de l’urgence, pour se confronter à une réalité différente, pour vérifier si ce que l’on a acquis peut servir dans d’autres situations et auprès de populations qui souffrent à cause de conditions climatiques parfois dévastatrices pour des populations déjà démunies économiquement et socialement. Nous vivons dans un monde dur et sans empathie.

L’autre pas-de-côté serait de vivre au plus près de l’art.

Je trouve assez merveilleux les gens qui, en plus de leur activité professionnelle, peuvent s’adonner aux joies de l’art (dessins sculpture, peinture, etc.). J’aime également les voyages à l’étranger et surtout faire du tourisme urbain à pied et les trésors cachés des musées.

Vous êtes membre de NOVABUILD, quels bénéfices en retirez-vous ?

Je vois bien qu’il y a beaucoup d’informations, de nombreuses possibilités, mais actuellement, l’agence est à fond dans le travail pour passer ce cap un peu complexe de la crise sanitaire qui touche tout le monde.

Je suis aussi à NOVABUILD pour montrer que nous sommes à l’écoute de ce qui peut évoluer. Quand je participe et me rend actif au sein d’autres structures (CROA PL, UNSFA, Gep'Atlantique), j’apprends beaucoup de choses et cela permet de « prendre place ». Les architectes doivent prendre place pour défendre bec et ongles et porter haut cette belle profession qui est au service de la société.

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Pierre-Yves Legrand, directeur de Novabuild, le 24 novembre 2020

 

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